LA PREMIERE ATTIRANCE
Extraits de Catherine Bensaïd
« Histoire d'amour, Histoire d'aimer »
p. 26
« J'ai toujours été attirée
par les hommes en dérive, fascinée par l'intensité d'une
désespérance dont je pensais être seule à connaître
la cause. (…) Je voulais les sauver, je leur tendais la main pour les
hisser vers le meilleur d'eux-mêmes. (…) « Certainement êtes-vous
capable de percevoir, et ce au premier regard, ce que l'autre ne sait
pas toujours de lui-même, mais qui vous est si familier, si semblable,
si intimement connu, que vous êtes irrésistiblement attirée
par lui ».
Maintenant, (vous vous dites ) nous sommes deux : moi qui te soutiens et toi qui est devenu ma seule raison d'exister. (…) Je serai la mère et l'amante que tu n'as jamais eues. Je te consolerai de mes chagrins, je te guérirai de ma douleur de vivre ».
La première attirance, celle des premières fractions de seconde, relève d'un reflet de notre propre intérieur. Elle agit d'inconscient à inconscient comme une irradiation secrète, une communication « infraverbale » de cerveau à cerveau d'une puissance qui se passe de mots. Revenu au rang presque animal, nous sentons et « ressentons » l'autre davantage que nous ne raisonnons. C'est d'ailleurs cette attirance fulgurante qui donne naissance aux plus grandes passions, éphémères, narcissiques et parfois destructrices, aux plus belles chansons, romans et films d'amour, qui portent tous une petite part de notre « humanité », une part de l'histoire de chacun d'entre nous, à un moment ou à un autre de notre vie.
Dans ce type-là de rencontre (la femme mère attirée par les hommes enfants) tout repose sur un déséquilibre, un vide à combler, un manque à assouvir, faisant partie de notre propre histoire. Malheureusement, lorsque l'équité est rétablie, il est fréquent que la magie disparaisse, que les liens se distendent jusqu'à la rupture : quand l'un n'a plus besoin de l'autre, et que l'autre reste amer et plus mal aimé que jamais.
Il est donc primordial d'accepter que nous avons tous nos points sensibles, rester en alerte sur les risques (et bonheurs !) encourus, connaître les mécanismes pour nous y engager en adulte ou se donner enfin le choix : le choix du changement, le choix d'autres possibles.
Puisque grandir, c'est renoncer, apprendre, poser un pas après l'autre vers la meilleure connaissance de soi.
