Du sentiment de reconnaissance

La reconnaissance est un sentiment indispensable dans la construction de soi…

…dans les yeux de l'autre, surtout dans les yeux de l'autorité première, celle de notre père, de notre mère,  de la personne référente mais aussi plus tard dans les yeux des personnes que nous choisissons et auxquelles nous accordons notre confiance.

 

L'enfant est puni.

Devant lui, ses camarades en représentation publique entonnent un air qu'il connaît par cœur, qu'il a répété  maintes fois jusqu'à l'excellence.

On le prive ainsi du seul plaisir qu'il ait jamais connu : chanter.

On le met à l'écart et le voilà qui se sent banni, rejeté, renié. Mais ce sont des sentiments habituels chez lui malheureusement. Replié sur lui, le visage éteint et les yeux rivés au sol, il est affaissé contre un pilier, abattu et amer.

Or, à un moment clef de la représentation, voilà que l'adulte, l'autorité, le pouvoir, le chef de chœur, tend la main vers lui, créant ainsi une parenthèse dans l'espace temps durant laquelle tout le monde retient son souffle, comme une invitation à rejoindre le groupe et  la société  tout entière, comme une porte qui s'ouvre vers le partage, la générosité, la main qui se tend lui offre comme un cadeau de bienvenue au monde : le seul sentiment qu'il n'ait pas encore éprouvé la reconnaissance.

Une seconde naissance.

La reconnaissance de sa présence, de son talent, de son identité-même.  D'un geste et d'un seul tout est effacé  : la frustration, la colère,  la peine, la rancune, le rejet, la rage.

En quelques secondes l'acte fondateur va faire se dresser l'enfant, le mettre droit sur ses deux pieds, les épaules en arrière, le menton levé, fier, les yeux brillants dans l'ébauche d'un sourire sur la face, pour lui permettre de gonfler ses poumons et à lui seul entonner le couplet qui va mettre en lumière ce qu'il porte en lui sans le savoir encore : la promesse rare d'un talent exceptionnel et surtout un début de confiance et d'assurance inébranlables en lui.

 

Cette scène du film véhicule à elle seule 17 ressentis différents en quelques fractions de seconde, un tsunami d'émotions magnifique et fondateur pour une personnalité d'enfant, assorti d'un jeu d'acteurs, tant chez Gérard Jugnot que chez Jean-Baptiste Maunier, magistral.

 

La reconnaissance.

C'est elle qui nous met debout un jour, nous indique qu'on est accepté tel qu'on est et bien plus encore "aimé" tel qu'on est.

C'est ainsi qu'on se redresse, qu'on acquiert la force de regarder droit devant, de se battre contre l'adversité, de se positionner, de rester debout. 

 

Parents, oncles, tantes, grands parents, instituteurs, professeurs, manageurs, chefs d'entreprise, responsables de groupe, entraîneurs et autres juges et senseurs (dans le sens "sentenceurs') porteurs d'une autorité quelconque : pensez de temps à autres à la reconnaissance, au compliment, à la félicitation.

Car l'enfant mais également l'enfant à  l'intérieur de l'adulte toujours présent, en ont vitalement besoin tout au long de leur existence.

Merci pour nous tous.

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